Avignon fait son Festival

Bonjour,
Je ne pouvais pas passer à coté de cet, je cite l'un des journalistes de 13h de France 2, "évènement international", étant moi même complètement immergée au coeur de celui-ci.
Un peu d'histoire pour commencer. En 1947, Jean Vilar décide, à la suite d'une discussion avec son ami et poète, René Char, de créer une Semaine d'Art au cours de laquelle de multiples représentations théâtrales se déroulent dans 3 lieux prestigieux de la ville: la cour d'honneur du Palais des Papes, le théâtre municipal et le verger Urbain V.
Depuis, 60 années sont passées, et j'ai été l'un des témoins des 15 dernières. Alors évidemment à 10 ans, je ne voyais pas le Festival comme je le vois aujourd'hui, mais, de l'intérieur, je ne suis pas persuadée que le regard que je porte soit le même que celui qui "en entend parler", ou même que celui qui vient (de plus ou moins loin) expressément pour assister à cette manifestation. C'est d'ailleurs là que je veux en venir, comment percevez-vous ce Festival, de l'extérieur ?
Personnellement, je trouve qu'Avignon est une ville très belle, ne serait-ce que par ses monuments que personne n'ignore aujourd'hui, le Palais des Papes, extrêmement imposant, le Pont St Bénézet, légèrement tronqué, et les Remparts, qui même s'ils enquiquinent les automobilistes, sont quand même la frontière psychologique des avignonais. Oui, à Avignon, il y a l'intra-muros et l'extra-muros et croyez moi, ce sont deux mondes complètement différents, sachant que le "muros" en question est très exactement représenté par les "muros" historiques, à savoir donc, les remparts.
Et ça, pendant le Festival, on le ressent encore plus. Tout se passe intra-muros, et les compagnies qui n'ont pas eu la chance de trouver une salle à l'intérieur, ont énormément de mal à attirer les foules en dehors. Attirer les foules. C'est le maître mot des compagnies du OFF. Parce qu'il faut que je vous explique ça d'abord avant de vous parler de Superflyer (le bonhomme de l'illustration là, en haut).
Le Festival d'Avignon, comme Avignon elle-même, est séparé en 2: le IN et le OFF. Le IN, c'est la partie Jean-Vilardienne du Festival, le mini-festival organisé par des administrateurs payés pour ce boulot et en lien étroit avec la ville et les institutions locales. Depuis quelques années (après l'annulation du Festival il y a 4 ans suite aux manifestations à propos conditions de rémunération des intermittents du spectacle), ce sont deux administrateurs qui s'occupent du Festival au lieu d'un, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, et qui ont décidé d'un artiste associé différent chaque année. C'est autour de cet artiste associé qu'est programmé le IN. Le IN qui se déroule donc dans les lieux prestigieux de la ville, et surtout, dans la cour d'honneur du Palais des Papes.
Seulement à ce Festival INitial est venu se greffer le OFF, qui représente environ 700 spectacles d'une multitude de compagnies différentes. Imaginez alors, 700 spectacles en 3 petites semaines. Humainement, c'est impossible à suivre, et ça entraine des dérives assez importantes, d'ailleurs ne pensez pas qu'Avignon, c'est théâtre 365 jours par an. Ni même qu'il y a 250 salles de théâtre à l'année. Non, ça c'est juste pendant le Festival, et certains théâtres sont loin d'être très officiels... Sans parler de la source de revenus substancielle que la location de son appartement à 400€ la semaine représente pour les propriétaires avignonais qui en profitent pour partir très loin pendant cette période.
Mais venons-en enfin à Superflyer, qui lui a bien du mal à se démarquer dans cette bouillie infernale. Avignon en plein Festival, c'est aussi environ 2kg de papier colorés par jour dans vos mains si vous avez le malheur de devoir traverser dédale de costumes et de chars hurlants. Des flyers. Ou des tracts si vous préférez. En plus des affiches qui recouvrent l'ensemble des surfaces verticales de la ville, vous avez ces fameux flyers qui vous attaquent de toutes parts. Et vous avez rarement la possibilité de les esquiver. Et c'est là que Superflyer intervient. Superflyer, c'est le flyer ultime, celui qui va vous donner envie de voir l'un des 700 spectacles proposés. Il est beau, clair, concis, il vous annonce une oeuvre théâtrale passionnante et tout ça pour un prix abordable. Le problème, c'est que Superflyer est noyé dans l'océan de MoinsBonsflyers et de CarrémentMauvaisflyers, du coup, c'est un peu le Graal du Festival.
Voilà, pour finir, je vous dirais que le Festival d'Avignon s'est considérablement dégradé durant ces 15 années où j'ai pu l'observer, le portrait que je vous en ai dressé est celui d'aujourd'hui. Sachez qu'il y a encore quelques années, les compagnies ne s'étouffaient pas entre elles et l'animation dans les rues étaient un réel plaisir. Aujourd'hui, tout ne semble être que commerce, la culture et le divertissement passent au second rang, et le charme est rompu.








